Le crabe vert méditerranéen menacé par le réchauffement et un envahisseur
La Méditerranée abrite une biodiversité marine unique, mais celle-ci est aujourd’hui gravement menacée par deux phénomènes liés : le réchauffement climatique et l’invasion d’espèces exotiques. Parmi les victimes potentielles figure le crabe vert méditerranéen, une espèce native dont l’habitat se réduit à un rythme alarmant. En cause, l’arrivée et l’expansion du crabe bleu atlantique, un prédateur et compétiteur redoutable, combinées aux effets dévastateurs du changement climatique.
Le crabe bleu atlantique, originaire des côtes américaines, s’est implanté en Méditerranée depuis le milieu du XXe siècle, probablement via les eaux de ballast des navires. Doté d’une grande tolérance aux variations de température et de salinité, il s’adapte facilement à des milieux variés, des eaux saumâtres aux zones côtières profondes. Sa capacité à prospérer dans des conditions extrêmes, couplée à une reproduction rapide et un comportement agressif, en fait un envahisseur redoutable. Les études montrent qu’il se nourrit de nombreux invertébrés benthiques, dont le crabe vert méditerranéen, exercant ainsi une pression directe sur cette espèce locale.
À l’inverse, le crabe vert méditerranéen, bien que résistant, voit son habitat se dégrader sous l’effet du réchauffement. Les modèles de répartition des espèces révèlent que les zones adaptées à sa survie pourraient diminuer de 40 % d’ici 2050 dans le meilleur des scénarios climatiques, et jusqu’à 97 % dans le pire cas d’ici 2100. Les côtes nord de la Méditerranée, aujourd’hui favorables, deviendront progressivement inhospitalières, tandis que les régions sud, déjà marginales, pourraient devenir totalement impropres à sa survie. La mer Noire, autrefois un refuge, serait également touchée, avec une disparition quasi totale des habitats adaptés.
La compétition avec le crabe bleu aggrave encore cette situation. Les deux espèces partagent des besoins similaires en termes d’alimentation et d’espace, mais le crabe bleu, plus grand et plus agressif, domine souvent les ressources disponibles. Les analyses montrent que la présence du crabe bleu influence directement la répartition du crabe vert, réduisant encore ses chances de survie. Dans certains cas, le crabe bleu chasse activement le crabe vert, comme en témoignent les restes de ce dernier dans son estomac.
Les projections indiquent que le crabe bleu, lui, continuera de s’étendre le long des côtes méditerranéennes. Même dans un scénario climatique pessimiste, avec une hausse des températures de 5 °C d’ici 2100, il conservera une grande partie de son habitat actuel. Sa capacité à supporter des températures allant jusqu’à 40 °C lui permet de tirer parti du réchauffement, contrairement au crabe vert, dont la tolérance thermique est plus limitée.
Cette situation illustre un phénomène appelé « double menace » : le changement climatique et les invasions biologiques agissent de concert pour fragiliser les écosystèmes. Le crabe vert méditerranéen, déjà en difficulté, pourrait disparaître de sa zone d’origine d’ici la fin du siècle si aucune mesure n’est prise. Les scientifiques soulignent l’urgence d’agir, notamment en limitant la propagation du crabe bleu et en atténuant les effets du réchauffement. Sans intervention, la Méditerranée pourrait perdre l’une de ses espèces emblématiques, avec des conséquences en cascade sur tout l’écosystème côtier.
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DOI : https://doi.org/10.1007/s10531-026-03388-8
Titre : Climate change and competition by the invasive Atlantic blue crab represent a critical threat for the Mediterranean green crab
Revue : Biodiversity and Conservation
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Giacomo Chini; Giuditta Codogno; Eleonora Bello; Cristiano Bertolucci; Stefano Cannicci; Sara Fratini